Dans le Delta, le riz est arrivé en même temps que l'assainissement. Le cahier des charges de l'IGP et le Consortium de protection l'expliquent : quand on arrachait un terrain au marais, la rizière était la première forme d'usage agricole de la nouvelle terre. L'histoire du riz, ici, c'est l'histoire de la campagne sortie de l'eau.
Les premiers témoignages dans le Polesine et le Delta remontent à la seconde moitié du XVe siècle, quelques décennies après la diffusion du riz dans la plaine du Pô. Le Consortium rappelle un document de 1475 : Galeazzo Maria Sforza, duc de Milan, envoie douze sacs de riz à Hercule Ier d'Este, duc de Ferrare, en vantant ses vertus. En 1594, une loi de la République de Venise réglemente l'usage de l'eau pour les rizières et ne les admet que « per valli ed altri luoghi sottoposti alle acque » (dans les valli et autres lieux soumis aux eaux) : le riz devait rester là où il était difficile d'assécher.
Le tournant arrive à la fin du XVIIIe siècle. Des patriciens vénitiens possédant de grands domaines dans le Delta, les Diedo, les Contarini, les Farsetti, les Valier, les Venier, lancent la culture systématique sur les terres assainies de la région de Rovigo. Au XIXe siècle, de nouveaux propriétaires bourgeois, dont les familles Lattis, Piavenna et Sullam, l'étendent : vers 1850, les rizières couvrent environ 4 000 hectares. C'était le monde des mondine, les repiqueuses qui désherbaient à la main ; la commune de Porto Tolle rappelle que jusqu'aux années 1970 les femmes de Scardovari partaient encore comme mondine pour le Piémont.
En 1950, Viscardo Montanari, de l'Inspection agraire des Vénéties, désigne le riz comme la culture la plus adaptée pour assainir les terres marécageuses et le place parmi les plus prisés d'Italie. Puis les inondations de 1951, 1957, 1960 et 1966 obligent à repenser les champs ; dans les années 1980, la surface diminue, pour repartir dans les années 1990.
Le grain doit beaucoup à ce milieu : des sols salins et riches en potassium, des brises marines, des pluies rares. En 2009 est arrivée l'IGP, qui couvre huit communes de la région de Rovigo et onze de celle de Ferrare, avec des variétés comme le Carnaroli, l'Arborio, le Baldo et le Volano. Entre Porto Tolle, Taglio di Po et Ariano nel Polesine, les rizières font toujours partie du paysage du Delta.




